Entretien avec Audrey Sauret est general manager du Nantes Basket Hermine (NBH).

23 janvier 2019
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Vous avez débuté comme joueuse professionnelle de basket et êtes aujourd’hui general manager d’une équipe masculine, un poste que très peu de femmes occupent. Comment avez-vous réussi cette reconversion ?

Mon père était basketteur professionnel donc j’ai grandi avec le basket masculin. J’ai toujours eu une attirance pour ce sport, qui pour moi est le même que le basket féminin, mais juste pratiqué différemment. Après ma carrière de joueuse, je souhaitais rester dans le sport professionnel, mais je n’avais pas envie de coacher car j’avais peur que le fait d’avoir été joueuse m’empêche d’avoir le recul nécessaire. J’avais l’idée de m’orienter vers du management. Il y avait beaucoup plus d’opportunités dans le secteur masculin que féminin alors j’y ai proposé ma candidature, en partant du principe que ma carrière de joueuse et ma personnalité étaient des arguments suffisants pour convaincre.

 

Avez-vous été confrontée au sexisme au cours de votre carrière ?

Sexisme, c’est un terme trop fort. Mais ma carrière a décollé dans les années 1990, à un moment où la place des femmes dans le sport et la société n’était pas vraiment discutée. Il y avait donc un décalage entre les résultats très performants de l’équipe de France féminine de basket et le fait que nous étions très peu visibles. Pourtant, nous avons remporté notre premier titre européen en 2001 et nous nous sommes qualifiées pour les Jeux Olympiques en 2000 et 2004 en même temps que les garçons. Je me suis dit que si on gagnait, ça ferait avancer le choses. Et c’est la cas. Les choses ont beaucoup évolué depuis.

« Les femmes doivent accéder à de nouvelles responsabilités »

En quoi la situation a-t-elle évolué pour les femmes dans le sport ?

Notre société a évolué. Même si en tant que femme, j’aime être jugée pour mes compétences et non en raison de mon sexe, les lois qui ont été imposées ont aidé faire changer les mentalités.

Il y a aussi eu une évolution dans les médias. Avant, le sport féminin n’était pas populaire car pas connu, mais comme il n’était pas connu, on ne le diffusait pas. Il a fallu rompre ce cercle vicieux. Heureusement aujourd’hui, il y a une plus grande volonté de valoriser les sportives et leur réussite, ce qui peut séduire certains partenaires et avoir de vraies retombées économiques, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

 

Quels sont vos liens avec les autres femmes managers ?

Je suis surtout en contact avec des managers masculins ! Mais je bénéficie aussi d’un gros réseau grâce à mon ancienne école, le Centre de droits et d’économie du sport (CDES) à Limoges. La force de cette école est de nous apporter des contacts spécifiques à notre activité : par exemple, j’ai l’opportunité d’échanger avec des femmes qui occupent des postes à responsabilité, comme Brigitte Henriques, vice-présidente de la Fédération Française de Football, Marinette Pichon dans le football féminin ou Yannick Souvré, ancienne basketteuse désormais à la tête de la Ligue nationale de volley-ball. Cela permet de bénéficier de conseils et de partager nos expériences.

 

D’après vous, que faudrait-il faire pour faire bouger les lignes et avoir plus de femmes à des postes à responsabilité dans le sport ?

Il n’y a pas de solution miracle. Les femmes restent peu nombreuses. Même dans la pratique sportive, on trouve moins de jeunes filles qui prennent le risque de s’engager dans une carrière que de garçons. Il faut être patient et compter sur l’évolution de la société, sans pour autant se satisfaire de ce qui existe. On n’a pas seulement besoin d’avoir plus de femmes dans le sport, elles doivent aussi accéder à de nouvelles responsabilités pour faire bouger les choses.