La Fameuse interview : Sophie Marinopoulos

7 octobre 2019
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Sophie Marinopoulos est psychologue clinicienne et psychanalyste, spécialiste des questions de l’enfance et de la famille. Cette Fameuse a fondé Les pâtes aux beurres, un lieu d’accueil anonyme gratuit et sans rendez-vous pour les parents. Elle est aussi l’autrice de plusieurs ouvrages édités aux éditions, Les liens qui libèrent.

 


Sophie Marinopoulos, en plus de vos différentes casquettes, vous intervenez aussi en tant que spécialiste auprès de deux missions ministérielles, pouvez-vous nous en parler ?

 

J’ai réalisé une première mission pour le ministère de la culture avec deux ministres successifs : Françoise Nyssen qui l’a lancée et Franck Riester qui l’a poursuivie. Le ministère avait placé son curseur sur le lien des parents à leurs enfants de la grossesse à 3 ans. Ma mission est de montrer la place de l’éveil, du tout petit, dans le lien à son parent. D’expliquer comment on lui transmet des ressources qui vont le rendre fort. Je donne des préconisations pariant sur ce que j’appelle l’éveil culturel et artistique de nos tout petits. Je fais le lien entre ce que les travaux scientifiques nous ont appris, neuroscience, épigénétique, psychanalyse et un terrain d’éveil qui ouvrira nos enfants au monde.

Ma seconde mission concerne la commission des 1000 jours de l’enfant dont je suis l’une des membres.  La demande du Président part du constat que les connaissances sur le développement de l’enfant sont là mais sont assez peu connues, on a une disparité dans les informations qui sont fournies aux parents et aux professionnels. Il veut qu’on fasse ce recueil des travaux fondamentaux afin d’en tirer des propositions concrètes de soutien à la parentalité et d’accompagnement au développement du très jeune enfant.


Quelle place accordez-vous à l’éducation non genrée dans ces préconisations ?

 

La question de l’égalité femme-homme ne devrait pas se discuter, quand on se penche sur un tout petit dans la relation à son parent, on se penche sur un enfant. On va l’éveiller au monde, lui donner les moyens de grandir, de se développer et de s’affirmer, à égalité bien sûr. Quand on travaille avec les parents, comme je le fais, on voit bien que tout ça n’est pas encore évident.

 

Dernièrement, j’accompagnais ma fille dans un magasin car elle voulait offrir un jouet à son fils. Alors qu’elle souhaitait acheter une poupée, la vendeuse nous a rétorqué qu’elle ne pouvait pas nous conseiller puisqu’elle avait trois garçons. Ma fille lui a répondu “justement c’est pour mon garçon”. J’espère que la prochaine fois elle se dira “oui c’est idiot, je vends des jouets pour les filles et les garçons”. Les questions d’égalité se glissent partout et lorsque j’ai, autour de la table de cuisine des Pâtes au beurre, des parents qui me disent “il ne fait que des jeux de filles”, c’est intéressant de chercher à savoir ce que le parent veut dire et de montrer que “non, il ne fait pas des jeux de filles”. L’enfant a seulement une appétence, une sensibilité qui appartient non pas aux filles mais aux humains, et c’est ce dont parle l’éveil musical et artistique. On sort de ces spécificités attribuées à un genre et on pointe le fait qu’en tant qu’humain on a des attirances, des manières. C’est pour moi un enjeu permanent dans ma vie professionnelle, personnelle ou amicale.

 

Vous sous-entendez que cette égalité est sous-jacente mais vous ne la pointez pas du doigt dans vos travaux pour le ministère ?

 

Heureusement, il y a des associations féministes qui viennent dire des choses et déranger. J’entends sans arrêt des critiques sur une génération de féministes qui horripile tout le monde. Et il y a une partie caricaturale qui n’est pas totalement fausse, mais ce n’est pas grave, car ça veut dire qu’on en parle et que ça dérange. Il est évident qu’il va falloir ramener le sujet dans les commissions quelle qu’elles soient, il faut toujours que ce soit présent dans la tête de chacun. Dans la commission pour les 1000 premiers jours de l’enfant, le Président de la République met en avant l’égalité des chances dans la vie, quelques soient les ressources mais quelques soit le sexe également.

 

La question de la place du père vous semble-t-elle importante ?

 

Oui, je travaille beaucoup sur cette question, notamment à propos du congés paternité. Quand l’enfant est hospitalisé, le congé passe à 30 jours et ça, on ne le sait pas assez. Si vous voulez lutter contre la question de la charge mentale, des épuisements maternels, bien sûr qu’il va falloir que père et mère se sentent reconnus à égalité dans la place qu’ils occupent auprès des enfants. C’est central. Par exemple, lorsqu’un enfant est malade, on appelle systématiquement la mère. J’ai des patientes qui me disent “on a laissé le numéro de mon mari et le mien à l’école mais si l’enfant est malade, c’est systématiquement moi qu’on appelle. L’autre problème, c’est que les entreprises acceptent peu que les hommes partent de leur travail pour aller chercher leurs enfants. Il y a encore un énorme travail à faire pour une égalité sociale et professionnelles et pour que la société reconnaisse les hommes à égalité dans la place qu’ils prennent auprès des enfants. Donc le congés paternité, ce n’est pas seulement rajouter des jours, c’est aussi changer les mentalités. C’est ça l’enjeu.