Comment pleure-t-on nos morts ? Comment parler de nos angoisses de fin de vie sans plomber l’ambiance ? Comment réinventer nos rituels funéraires en dehors de la religion ? C’est pour répondre à ces questions que Céline Lefièvre, Anne-Gaël Gauducheau et Géraldine Canonge ont créé les cafés mortels : des espaces conviviaux conçus pour parler de la mort… entre vivant·es !
« La seule certitude qu’on a, c’est celle qu’on va mourir », lâche Céline. Un constat qui contraste avec le tabou qui entoure le sujet de la mort dans notre société. Ce tabou, Céline Lefièvre et deux amies, Anne-Gaël Gauducheau et Géraldine Canonge, ont décidé de s’y attaquer frontalement en lançant, à Nantes, des « cafés mortels ».
« Le concept du café mortel, c’est de se rassembler entre vivant·es pour parler de la mort », explique Anne-Gaël. Ni espace thérapeutique ni espace théologique, le café mortel est un endroit où l’on parle, mais aussi, et surtout, où l’on écoute : « La règle, c’est qu’on ne commente pas ce que disent les autres. On vient partager son vécu et écouter celui des autres, sans jugement », précise Céline.
Et alors ? « Alors, ce qu’il s’y passe est magique. Surprenant ! », témoigne Anne-Gaël. « Parfois, il y a de grands silences, mais durant lesquels il se passe énormément de choses ; parfois, on rit beaucoup ; parfois, on pleure. C’est hallucinant de constater à quel point les gens ont besoin de ces espaces pour déposer leurs émotions. Ce sont des moments très vivants. »

Prendre le temps du deuil
Durant deux heures, la vingtaine de participant·es se rassemble dans un café, autour d’un verre, de bougies et de nourriture, et échange librement. « En réalité, on séquence la séance en deux : 1h30 d’échanges contraints par nos règles, puis trente minutes de “sas”, un moment où les personnes présentes peuvent échanger plus librement. »
Pas nouveau, le concept des cafés mortels a été développé par le sociologue et ethnologue suisse Bernard Crettaz dans les années 2000, dans le but de sortir la mort de son silence étouffant. Depuis, il essaime un peu partout en France.
Mais au-delà du fait de briser un tabou, nos trois amies voient dans ce concept un engagement politique fort, comme l’explique Géraldine :« On a le sentiment de répondre à un engagement citoyen, d’aider à faire société, à créer du lien là où il a plutôt tendance à se défaire quand on vit un deuil. Souvent, une certaine forme d’isolement s’instaure. » Anne-Gaël ajoute qu’elle y voit aussi une forme de lutte contre nos sociétés capitalistes, qui « nous demandent de nous remettre très vite après un deuil, d’être actif·ves, de retourner bosser le plus rapidement possible ».
Rédactrice : Aurélie Lehéron
Lancés en septembre 2025, les cafés mortels sont organisés dans différents bars nantais.
Pour obtenir des informations, vous pouvez envoyer un mail à : mortelcafe@gmail.com
Prochaines sessions :
Le 21 MAI 2026 à la Cocotte Solidaire – Nantes
19h – 21h
De nouvelles dates sont prévues à partir de septembre 2026 à la Dérive et à Belle de jour…
Le collectif invite également les bars volontaires pour accueillir les cafés mortels à se manifester.