Comment parler de la mort et du deuil en famille ? Gwénaëlle S. a décidé de rassembler ses proches et de leur distribuer un livret, pour lever le tabou.
Personne ne s’attendait au décès brutal de Mayette, et encore moins Gwenaëlle S. qui en était très proche. Le choc et les émotions qui se bousculent, la pléthore de formalités à remplir, les questions pratiques de tous ordres, mais aussi les questionnements, les interrogations et même les doutes, tout cela « dans l’urgence à devoir faire face ».
Animée par l’envie d’aider sa grand-mère paternelle, notamment « dans son quotidien administratif », Gwenaëlle était devenue sa « première aidante ». Elle avait bien essayé de la questionner sur ce qu’elle souhaitait pour ses funérailles, mais n’a pas eu toutes les réponses. Tout au plus a-t-elle compris que la mamie souhaitait plutôt se faire incinérer. Face à la situation, « on fait des choix en conscience, on fait au mieux », pour la cérémonie et les décisions à prendre. Immanquablement, certaines sont plus ou moins contestées par quelque cousin…
Cette expérience, inédite pour elle, a donné à Gwenaëlle l’idée d’anticiper, « pour faire autrement » et de lancer une initiative originale et généreuse. Selon elle, « vers 40 ans, on s’intéresse davantage à son ascendance et à sa famille », raison pour laquelle elle a voulu « ouvrir une fenêtre sur un sujet dont on ne parle pas tous les jours ». Ses motivations : communiquer sur le sujet pour renforcer la cohésion familiale, resserrer les liens familiaux, donner la possibilité de réfléchir individuellement au sujet afin de ne pas être pris au dépourvu le moment venu et de donner la possibilité de respecter les volontés, souhaits, voire les fantaisies du/de la défunt.e.
Prendre un temps dédié
Dans un mail qu’elle a adressé aux membres du 1er cercle de sa famille – parents, frère et sœur – elle a proposé de profiter d’un repas dominical pour « prendre un temps d’échange sur la mort » et les souhaits que chacun aimerait exprimer pour soi-même. Les réactions ont été « un mélange de surprise et d’appréhension », mais aucun refus n’a été exprimé. Le jour venu, pour ne pas « plomber l’ambiance du repas », l’idée d’échanger à l’air libre au cours de la balade digestive a emporté l’adhésion de toutes et tous, même si « tout le monde n’a pas été en tête du groupe de marche ».
La démarche de Gwenaëlle ne s’est pas arrêtée là puisque l’étape suivante a consisté à remettre à chacun un livret assorti de rubriques et de questions destinées à clarifier ses idées en les consignant par écrit. La première partie traite d’informations à caractère technique, administratif, comptable, réglementaire etc. ; la deuxième est beaucoup plus personnalisée, qui touche l’intime. Il s’agit de présenter ses choix quant à la cérémonie funéraire – quand, où, dans quelle tenue vestimentaire, accompagné de qui, quelles musique, décoration, photos, couleurs, épitaphe, etc. – et tout souhait particulier à formuler avant de faire le grand voyage.
Par cette initiative de femme et soutenue par sa mère, la petite-fille honore la grand-mère décédée. Prendre soin de ses proches en leur proposant de préparer la mort, une manière de leur donner de l’amour.
Rédactrice : Florence Lesavre