Sandrine Charpentier : « valoriser les différences plutôt que de les gommer »

11 janvier 2021
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Publié le 11.01.2021  

 

Sandrine Charpentier, qui se définit elle-même comme une “solutionneuse”, apporte son expertise de l’entreprenariat et du numérique. Le cheval de bataille de cette Fameuse* ? L’enjeu de la mixité dans l’économie. Un concept toujours d’actualité, notamment dans le domaine de la high-tech où la sous-représentation des femmes reste une réalité.

 

Le numérique et la mixité sont deux champs ayant guidé votre parcours. Pourriez-vous en détailler les étapes clés ?

 

Je suis entrepreneuse dans le digital depuis 2004, toujours animée par la technologie et engagée dans l’innovation sociale. J’ai tout d’abord fondé SC Conseil (influence online) à Paris avant de m’installer à Nantes et créer l’association Femmes Digital Ouest qui œuvre pour la féminisation des métiers du numérique. Puis, en 2016, j’ai lancé Digitaly, une société de conseils pour accompagner les TPE-PME dans l’innovation sociale et technologique et la mixité, notamment autour de l’égalité professionnelle femmes-hommes. Je me suis alors rendue compte de l’absence d’outils afin de mesurer les politiques de mixité dans les entreprises. Ainsi est né Mixity en février 2019. Notre objectif : “mixifier” 100 entreprises en 2021, contre 25 clients aujourd’hui. Par ailleurs, au printemps, l’outil prendra une dimension internationale.

 

Si on vous demande ce que la mixité signifie réellement en 2021, vous répondez quoi ?

 

Suite à un audit auprès de nos communautés, il en ressort deux perceptions de la mixité : 50% parlent de l’équilibre entre les femmes et les hommes et l’autre moitié de diversité (sociale, ethnique,…).

Pour moi, la mixité est la combinaison d’individualités, de richesses et de compétences qui permettent d’apporter une complémentarité dans un projet. Il s’agit de valoriser les différences plutôt que de les gommer.

 

La mixité en entreprise, est-ce c’est encore un enjeu de société ?

 

Oui en sachant que l’égalité femmes-hommes est l’enjeu n°1 pour les entreprises. Lesquelles font preuve de volontarisme. Nous voyons de réelles avancées depuis un an, notamment au sein des PME qui, bien que éprouvées par la crise, se sont engagées davantage dans la RSE, sur le volet social et les politiques d’égalité. Pour autant, il y a encore beaucoup à faire, notamment, en matière de mixité dans les instances de gouvernance et d’évolution de carrière.

 

 

Justement, pourquoi le chemin de la mixité en entreprise est encore long alors qu’il s’agit d’un facteur de productivité ?

 

Il ne suffit pas de publier son index de l’égalité professionnelle pour être en conformité avec la loi. Si l’on veut faire en sorte que cet enjeu soit porté au plus haut niveau stratégique de l’entreprise, il faut l’intégrer à une vision globale forte incarnée par la direction. Ensuite, il faut se donner les moyens, c’est-à-dire identifier des profils de femmes qui veulent prendre des responsabilités. Elles doivent aussi faire du chemin pour se sentir légitimes.

Crédit Mixity

 

La crise actuelle risque-t-elle de reléguer au second plan cet enjeu ?

 

Je ne pense pas même si les crises entraînent souvent une régression sur le champ du social. Les femmes sont aujourd’hui beaucoup plus déterminées à faire bouger les lignes. On le voit, entre autres, avec le mouvement #MeToo… Par ailleurs, elles ont un autre modèle de société à apporter que celui de la performance économique et de la productivité avant tout.

 

Comment les entreprises peuvent-elles insuffler plus de mixité dans leurs équipes ?

 

Encore une fois l’engagement de la direction avec, à la clé, des indicateurs (salaires, mixité dans les instances de gouvernance, parentalité…). Après cette première impulsion, il faut mettre en place des programmes pour accompagner les femmes à contribuer à des projets et à progresser. Par ailleurs, la féminisation des instances de décision ne doit pas seulement concerner les fonctions support de l’entreprise (RH, management…) mais aussi les entités business, les postes de R&D, la transformation digitale, les finances…

 

Crédit Femmes Digital Ouest

 

Est-ce que le secteur du numérique fait partie des mauvais élèves ?

 

La volonté est là, avec de plus de plus de programmes pour accompagner les femmes dans le monde de la Tech (réseau Sista, incubateur Willa…). Mais, malgré ces efforts, le secteur a du mal à se féminiser. Selon  BPI France, la part des femmes entrepreneures s’établit entre 10 et 15%. Il est également plus difficile pour elles de convaincre les banquiers et les investisseurs et de lever des fonds pour financer des projets innovants.

Par ailleurs, dans les écoles, il y a très peu de candidates qui s’inscrivent dans les filières technologique et informatique car le métier n’est pas perçu comme attractif.

 

Quels leviers pourrait-on activer pour inciter les jeunes filles à s’orienter davantage vers les métiers du numérique ?

 

La sensibilisation est le premier levier. Mais cela ne suffit pas. Il faut être plus incitatif et accélérer sur le volet culturel. Instaurer des quotas serait un moyen de donner des objectifs de résultats aux enseignants et chargés d’orientation afin d’avoir un discours adapté et de susciter de l’intérêt collectif auprès des jeunes filles.

 

Propos recueillis par Florence Falvy