La Fameuse interview : Carine Bernault

8 septembre 2020
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Ancienne directrice de l’Institut de Recherche en Droit Privé, juriste et Professeur des universités, Carine Bernault a été élue en juillet dernier Présidente de l’Université de Nantes, succédant à Olivier Laboux. La première Présidente de l’histoire de l’institution nantaise présente quelques objectifs pour développer l’Université, notamment en ce qui concerne l’égalité FH. Entretien…

 

Carine Bernault – Présidente de l’Université de Nantes

 

Pour la première fois, le Conseil d’Administration a voté pour une Présidente à la tête de l’Université de Nantes… Qu’est-ce que cela vous fait ?

 

La fonction est magnifique et vertigineuse. J’assume ces responsabilités à un moment où l’Université est à un tournant de son histoire (NDLR : contexte de la création de la Nouvelle Université). Pour moi, le fait d’être une femme n’a jamais été un argument, c’est un fait. En clair, j’espère occuper ce poste pour mes compétences. Au moment de me déclarer candidate j’avais déjà été élue au Conseil d’Administration (2016), puis vice-présidente en charge de la réforme de l’université et enfin première vice-présidente (2017). Les réactions de voir une femme candidate à la présidence ont été positives. J’attends avec impatience le jour où nous n’aurons même plus à relever qu’une femme accède à ce type de fonction.

 

Le sexisme est présent dans toutes les sphères de la société, y compris donc dans l’enseignement. Le Tumblr  Paye ta fac en est une illustration. Quelles sont vos ambitions pour lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes ?

 

Tout d’abord l’objectif est de travailler sur l’égalité professionnelle au sein de l’établissement. On sait par exemple qu’il existe un phénomène d’auto-censure dans le monde professionnel : proportionnellement les femmes demandent beaucoup moins de promotion que les hommes. C’est un chantier ambitieux qui nous attend : nous devons inciter les femmes à déposer leurs candidatures. Nous ferons également en sorte de mettre un place un dispositif pour que le pourcentage de femmes promues soit au moins égal au pourcentage de femmes candidates.

 

Par ailleurs nous travaillons auprès des étudiant·es. Des actions sont déjà menées sur la féminisation des filières, notamment scientifiques qui sont souvent à majorité masculine. Nous travaillons depuis plusieurs années avec les lycées où des interventions sont régulièrement programmées. Une vice-présidente déléguée est désormais en charge des dossiers de l’orientation et de l’insertion. Le travail est donc énorme et nous chercherons à amplifier les résultats déjà obtenus.

 

Nous essayons également de sensibiliser toute notre communauté, personnels et étudiants, à la question du harcèlement. Nous allons ainsi relancer très prochainement notre campagne de prévention #UNunie. Les violences sexistes et le harcèlement moral ou sexuel, au travail ou sur le lieu d’études, ne sont clairement pas compatibles avec les valeurs de l’établissement et ne peuvent pas être acceptées.

 

campagne de prévention de l’Université de Nantes #UNunie

 

Y a-t-il d’autres projets qui seront rapidement mis en place ? La Maison des solidarités pour les étudiant.es semble vous tenir à cœur…

 

La question de la précarité des étudiant·es et une de mes préoccupations majeures. La crise aggrave évidemment une situation déjà difficile pour de nombreux·euses étudiant·es. Il existe un certain nombre de dispositifs d’accompagnement mais ils ne sont pas toujours utilisés par les étudiant·es, souvent par méconnaissance. L’enjeu est donc de créer un·des lieu·x clairement identifiés où les étudiant·es en difficulté pourront se rendre et trouver le soutien nécessaire (médecins, assitant·es sociales…). Nous nous appuierons sur les associations étudiantes existantes qui ont un réel engagement, une connaissance des difficultés rencontrées et une proximité avec les étudiant·es. Pour revenir au sujet de l’égalité, forcément les étudiantes seront concernées par cette solidarité. On peut évoquer par exemple des actions contre la précarité menstruelle.

 

Quand doit ouvrir cette Maison des solidarités ?

 

C’est un des projets prioritaires que je souhaite lancer en ce début de mandat, l’objectif est donc de l’ouvrir assez rapidement. Dans l’immédiat nous nous organisons avec une nouvelle équipe politique qui a pris ses marques début juillet. J’ai souhaité créer une vice-présidence “Vie de campus et solidarité”, portée par Julie Morere,  qui est en première ligne sur ces sujets. Une vice-présidente déléguée à la “Responsabilité sociale”, Françoise Le Fichant, portera l’enjeu de l’égalité FH pour le personnel de l’établissement.

 


Julie Morère et Françoise Le Fichant, vices-présidentes à l’Université de Nantes

 

Le Cluster Gender, impulsé par Pascale Kuntz, qui vise à intégrer l’étude du genre dans plusieurs disciplines de recherche est-il toujours d’actualité ?

 

Oui c’est en effet toujours d’actualité. Il faut prolonger les efforts dans ce sens y compris avec un portage politique fort.

 

L’université s’inscrit-elle dans le sillage de la ville de Nantes qui affiche son ambition de première ville non-sexiste de France ?

 

Complètement. L’Université de Nantes est un acteur majeur du territoire avec 37 000 étudiant·es. 1 personne sur 12 travaille ou étudie à l’Université. Forcément nous avons une responsabilité commune avec les institutions publiques et les collectivités sur l’égalité FH. Tout comme sur le développement durable ou l’écologie d’ailleurs.

 

Propos recueillis par Adrien Cornelissen