Rosa Bonheur, un cas d’école de l’invisibilisation de la culture queer ?

22 novembre 2022
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Publié le 22.11.22

Dans Le cas Rosa Bonheur, les journalistes Carole Cassier (membre du nouveau conseil d’administration des fameuses) et Ana Polonyi s’intéressent à l’artiste peintre en tant que potentielle figure queer invisibilisée. Pourquoi le monde de l’art et de la culture a-t-il tant de mal à envisager l’homosexualité de cette artiste qui a toujours vécu avec des femmes, et a affirmé ne pas avoir d’affection pour le « sexe fort » ? Une question passionnante à laquelle ce documentaire tente de répondre.

Tout est parti d’une simple visite du château de By, demeure de l’artiste peintre Rosa Bonheur (1822-1899), situé à Thomery, en Seine-et-Marne. « Pendant la visite, l’existence de Nathalie Micas, avec qui Rosa Bonheur a vécu pendant 52 ans, est très brièvement évoquée et à aucun moment leur potentielle homosexualité n’est abordée », explique Carole Cassier. En fin de visite, elle et Ana Polonyi s’interrogent et posent la question à Katherine Brault, propriétaire des lieux. « On a senti une vraie résistance à envisager qu’elles furent lesbiennes », précise Carole Cassier. Cet évènement est le point de départ du travail des deux documentaristes, qui décident de s’intéresser à la figure de Rosa Bonheur et plus précisément à comprendre pourquoi il est si dur, en France, de l’imaginer ailleurs que dans un modèle hétéronormé.

 

Une « étude des mécanismes d’invisibilisation de la culture lesbienne et queer », voilà le défi que se sont lancées Carole Cassier et Ana Polonyi pour qui la question de la représentativité est un enjeu majeur. « On me demande souvent pourquoi on a besoin de savoir que telle ou telle personne est queer. Nous, les lesbiennes, on a une histoire mais qu’on ne connaît que très peu. Longtemps, on a été obligées d’être archivistes pour aller chercher des représentations, ce qui est beaucoup moins le cas pour la nouvelle génération. On veut montrer que nous avons une culture, qu’être lesbienne est une identité forte à revendiquer, pas uniquement basée sur la sexualité. On a des choses à dire et à montrer. »
Pour étayer leur propos, Carole Cassier et Ana Polonyi sont allées à la rencontre de la journaliste autrice et militante féministe Alice Coffin, de Catherine Hewitt, historienne de l’art britannique et spécialiste de Rosa Bonheur ou encore de Lauriane Nicol, fondatrice du media Lesbien Raisonnable. « C’est un sujet qui est difficile à traiter car on parle de mécanismes invisibles, parfois même inconscients », précise Carole Cassier.

Ce film ne vous apprendra pas, car on ne saura probablement jamais, ce qu’il se passait dans la vie intime de Rosa Bonheur. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la manière dont cette peintre est perçue et racontée est un merveilleux terrain de jeu à défricher, permettant à ce documentaire de porter un regard éclairant sur notre société. Les deux premiers épisodes sont disponibles sur Youtube et un troisième devrait arriver d’ici au début de l’année.

Rédaction Aurélie Lehéron
Visuel d’ouverture : Mathieu Pacé

Pour visionner Le cas Rosa Bonheur (en français ou en anglais)

Profitons-en pour rappeler que le musée d’Orsay propose jusqu’au 15 janvier 2023 une exposition consacrée à Rosa Bonheur.