C’est une première pour une université française ! Depuis cette année, l’université d’Angers propose aux personnes menstruées étudiantes, la possibilité de poser jusqu’à dix jours d’arrêt par an en cas de règles douloureuses, et ce sans avoir à présenter de certificat médical.

En février dernier, l’Espagne annonçait la mise en place d’une loi permettant un « congé menstruel » aux personnes souffrant de règles douloureuses. Premier pays européen instaurant cette mesure, il ne l’est pas au niveau mondial. Déjà en 1947, le code du travail japonais intégrait la possibilité de disposer d’un congé en cas de cycle menstruel douloureux. L’Indonésie, Taïwan, la Corée du sud, la Zambie… sont autant de pays ayant également mis en place cette mesure avec, à chaque fois, des conditions spécifiques. Dans le reste du monde, certaines entreprises ont également offert cette possibilité à leurs salariées. Suivant cette dynamique, relancée en 2023 par l’actualité espagnole, l’Université d’Angers a décidé de plancher sur le sujet, explique Sabine Mallet, vice-présidente chargée de la formation et de la vie étudiante. « La directrice du centre de santé universitaire et moi-même avons porté le projet. D’abord de manière informelle puis jusqu’à le faire voter au sein de l’Université. Pour nous, c’était une mesure d’équité entre les filles et les garçons, venant s’inscrire dans notre plan d’action égalité », précise-t-elle.

Votre congé, avec ou sans justificatif ?
Restait alors à en définir les conditions : combien de jours ? Avec ou sans certificat médical ? Qu’en est-il de ces absences les jours d’examen ? « Nous avons décidé d’instaurer ce congé menstruel sans justificatif, expose Sabine Mallet. Déjà car les médecins sont saturés, mais aussi parce qu’on préfère que les étudiantes s’autodéclarent plutôt qu’elles nous fournissent des faux, ce qui est un risque avéré. On tâche aussi, en parallèle de cette question, de faire de la prévention via le Service de santé universitaire (SSU), en cas de douleurs trop fortes et trop récurrentes, ce qui n’est pas normal. »
En tout, dix jours sont mis à disposition des étudiantes au cours de l’année scolaire. En cas d’examen, ces absences comptent comme une absence justifiée classique.

« Au-delà du médical, il faut se dire que ces étudiantes auront à gérer ces questions dans leur vie professionnelle future. Nous sommes donc dans une optique d’un meilleur vivre ensemble dans notre société en général », indique également Laurent Bordet vice-président Vie des campus sur le site internet de l’Université. Une vie professionnelle au sein de laquelle l’idée du congé menstruel pose question, y compris dans les rangs féministes. Le congé menstruel va-t-il constituer un frein à l’embauche ? Normalise-t-il des douleurs qui nécessitent, en réalité, un suivi médical ? Enfreint-il le secret médical ? Autant d’interrogations qui devraient être encore largement débattues dans les mois et années à venir. Sabine Mallet nous soufflait, par exemple, que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait pris en main le sujet.

Rédaction : Aurélie Lehéron