Violette Cordaro « En combattant la binarité, on s’attaque aux fondements de notre société patriarcale »

25 mai 2022
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Publié le 26.05.22

 

Violette Cordaro est présidente de NOSIG (Nos orientations sexuelles et Identités de Genre – ndlr), le centre LGBTQI+ de Nantes. Lorsque nous la rencontrons, au milieu du mois de mai, les drapeaux LGBT parent déjà une partie du centre-ville de Nantes, annonçant la Pride du 11 juin, la première depuis 2019. Militante de longue date au sein de la communauté, elle se définit comme pan après s’être longtemps questionnée sur son orientation sexuelle. Du haut de ses 65 ans, elle ne garde ni sa langue, ni ses convictions dans sa poche. Entretien.

Après 3 ans sans Pride, comment abordez-vous l’édition 2022 ?

 

La dernière était en 2019, mais notons que l’année dernière, en lieu et place de la Pride, on a organisé une manifestation militante, sur laquelle on a très peu communiqué car on n’avait pas les moyens de gérer une grosse foule… Au début, on était 3 000, à la fin, 9 000. Ce n’était pas une Pride, mais ça en avait un peu l’ampleur. On aborde cette nouvelle édition de la meilleure des manières, et le soutien de la Mairie, à travers la mise à disposition d’équipements, n’y est pas pour rien.

 

Cette année, la Pride a pour thème « le genre », devenu un point névralgique de réflexions, celui sur lequel il faut appuyer, y compris au sein de nos membres ! On n’attend pas moins de 12 000 personnes, un peu plus qu’en 2019 donc.

L’isolement subi par une partie de la communauté pendant les périodes de confinement n’a-t-il pas renforcé l’urgence de renouveler ces rendez-vous ?

 

Il est vrai que la pandémie a renforcé l’isolement d’une partie de la communauté. Parallèlement, les agressions augmentent… Mais surtout la détresse provoquée par l’ignorance et l’intolérance demeure : pas plus tard qu’hier au Mans un lycéen transgenre s’est défenestré. À NOSIG, on sait comment éviter ça, parce que ça veut dire que certainement, des directives de l’éducation nationale ne sont pas suivie, que des professeurs ne sont pas informé·es, des parents pas accompagné·es…

 

Alors que ça fait partie de nos missions, de soutenir les concerné·es et de faire en sorte que ce genre de drame soit évité. On a beau se battre, ces situations se répètent et les suicides sont toujours une réalité. Un mois avant la Pride, ça résonne de façon particulière.

Cette année, le slogan dit « France, pays des lumières, société binaire, société d’hier ». C’est un message fort. 

C’est celui dans lequel on s’est reconnu·es parce qu’il parle du genre, et parce qu’en combattant la binarité, on s’attaque aux fondements de notre société patriarcale, et donc aux racines de la transphobie, de l’homophobie etc.

Il peut même se lire, plus largement, comme le rapport à l’autre, à l’altérité. Cela pose alors la question du racisme et de la xénophobie en général ?


C’est tout à fait ça. Ce que dit ce slogan c’est « regardons devant ». Mais si la Pride est un message au grand public, c’est aussi un temps fédérateur et de remise en question, car la communauté est de plus en plus bigarrée. Des mondes séparent l’ancienne garde, composée principalement d’hommes cisgenres, homosexuels, et la nouvelle génération queer, composée de personnes aux identités sexuelles diverses et variées. C’est aussi en cela que la question du genre est centrale : c’est un changement de société que NOSIG souhaite accompagner.

 

 

Au vu de l’ambiance actuelle, ouvrir le dialogue sur les sujets LGBTQIA+ peut-il être une source de tensions ?

 

L’équipe est confiante. Par exemple on n’aborde pas la Pride dans la crainte. Il y aura sûrement des opposant·es à certains endroits du défilé, mais on sera bien trop nombreux·ses pour en avoir peur. Qui plus est, les tensions existent, augmentent.

 

À partir du moment où quelqu’un comme Eric Zemour se présente à l’élection présidentielle ou tant qu’il y aura des émissions comme TPMP (ndlr : l’Arcom a de nouveau été saisie après une séquence homophobe diffusée le 20 mai), on sait que la bêtise et que les tensions persisteront.

La Pride est un évènement soutenu et accompagné par la Ville de Nantes. C’est aussi une belle vitrine pour la Mairie…

La Ville est un soutien indéfectible sur cet événement et oui, c’est important pour la Ville de montrer que Nantes est gay-friendly. Pour autant, on ne peut pas dire que nos relations soient toujours idylliques. Etant donné notre niveau d’(hyper)activité, on aimerait pouvoir bénéficier de l’embauche d’un·e salarié·e.

Mais sur cette question, les soutiens ne peuvent pas venir uniquement de la Ville. Le dossier prioritaire qui nous occupe avec la Mairie, ce sont les locaux. Cela fait cinq ans qu’on attend, les actuels sont honteux et ne sont pas adaptés pour les personnes à mobilité réduite. C’est en train de bouger – Mahaut Bertu (ndlr : adjointe à l’égalité) est à fond, merci à elle – heureusement, car on est vraiment dans l’urgence. NOSIG, c’est un regroupement de dix associations qui accueille de plus en plus de monde. On a besoin de place et de moyens pour mieux accompagner les personnes LGBTQI+.

 

Rédaction Agathe Petit-Dupas

 

Pour aller plus loin :

[ Empowerment ] Accueillir et accompagner les personnes LGBTQIA+ – lire l’article