Corinne Besnard « Il faut recréer du lien pour éviter un abandon des cheffes d’entreprise dans l’investissement en entrepreneuriat »

21 juin 2022
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Publié le 24.06.2022

 

La cheffe d’entreprise nantaise Corinne Besnard qui pilote depuis 2009 la PME Créatic Emball Services (250 salariés indirects) est la nouvelle présidente du Medef 44. Un quotidien qu’elle partage avec la présidence de Femmes Chefs d’Entreprises Loire-Atlantique qu’elle quittera cet été. Entretien…

 

Depuis mai dernier, vous occupez le poste de nouvelle présidente du Medef 44. Félicitations. Que souhaitez-vous faire évoluer, notamment sur l’entrepreneuriat féminin ?

 

Le Medef adopte une stratégie inclusive, avec plusieurs axes prioritaires : le développement des compétences et l’accès à l’employabilité via le développement de la mixité dans les postes de direction ou dans les conseils d’administration. Il y a également le soutien aux entreprises et à la compétitivité, l’accompagnement dans les transitions (sociétales, numériques, industrielles, climatiques, etc.), l’international ou encore le développement de l’innovation (la production en France de façon décarbonée).

 

Vous êtes la première femme à présider cette organisation patronale… En 2016, vous avez également été la première femme 1ère vice-présidente de la CCI Nantes Saint-Nazaire, en charge de l’industrie et des services. Un rôle de pionnière auquel vous vous êtes habituée ?

 

Oui mais je ne suis pas la seule femme – ni la première – dans ces instances. D’autres femmes ont œuvré pour que j’accède à ces fonctions. C’est le cas d’Yvonne Foinant, la créatrice de Femmes Chefs d’Entreprises en 1945 qui a aussi été la première femme au Comité Directeur du CNPF (devenu depuis le MEDEF), la première femme élue à la CCI de Paris, juste après le droit de vote… Elle a toute la légitimité à être plus pionnière que moi.

 

Concernant justement Femmes Chefs d’Entreprises, vous êtes également présidente depuis 2019 de la délégation Loire-Atlantique, que vous avez co-créée. A ce titre, quel est votre cheval de bataille ?

 

La crise sanitaire a eu un impact sur l’entrepreneuriat féminin. Il va donc falloir recréer du lien car nous observons un abandon des cheffes d’entreprise dans l’investissement en entrepreneuriat. C’est-à-dire retravailler sur le sens et la mission. En somme, créer de la convivialité et de l’entraide tout en étant dans la co-créativité et la coparticipation. Ainsi, le programme jusqu’à fin 2022 a été imaginé collectivement pour répondre aux attentes des adhérentes (plus de 60 à ce jour).

 

A noter que FCE Loire-Atlantique s’est donné comme objectif de créer une nouvelle délégation, en distinguant : FCE Nantes et FCE La Baule Saint-Nazaire au cours du dernier trimestre 2022 ou début 2023 pour plus de proximité avec ses adhérentes. Pour ma part, mon mandat qui devait se terminer fin d’année sera raccourci à cet été, compte tenu de mes nouvelles responsabilités en tant que Présidente du Medef Loire-Atlantique.

 

Pouvez-vous préciser votre vision de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

 

Selon moi, il y existe d’autres façons de regarder l’accès aux femmes à des postes à responsabilité ou à des engagements sociétaux que de les placer sous le regard de la non-inclusion. Or, je n’aime pas les regards dualistes. Selon moi le féminisme est l’occasion de complémentarité, de mixité sociétale et de porter un regard inclusif pour faire évoluer les systèmes.

 

Vos différents engagements sont-ils une manière de dénoncer l’essentialisation de la femme ?

 

Effectivement ! Il faut savoir repérer les stéréotypes et les dépasser sans quoi nous nous enfermons dans des caricatures. Il faut donc de la distance. Ce qui est important c’est être authentique et rester en accord avec sa vision de l’être, du monde et des autres, tout en se remettant en cause, une nécessité absolue. Le collectif l’emporte toujours sur l’individuel dans mes décisions et mes choix.

 

Selon vous, les femmes osent-elles prendre des responsabilités dans les entreprises et/ou dans les cercles de pouvoir ?

 

Les femmes n’osent pas suffisamment et s’installent dans l’attentisme. Or, je veux leur dire que c’est possible : elles peuvent oser autrement, sur d’autres modalités de fonctionnement, de pensée ou de mode d’organisation. Or, si une femme n’a pas confiance en elle, elle ne donnera pas confiance aux autres. Il y a donc un vrai travail individuel à réaliser autour des stéréotypes.

 

Se pose également la question des stéréotypes sexistes dans le leadership politique. Les aspirantes à des directions territoriales en font-elles encore l’objet et sont-elles ramenées à leur genre ?

 

La clé, c’est la compétence. A partir du moment où vous avez l’expertise, il est compliqué d’arriver sur un terrain du genre. C’est aussi une question de personnalité : certaines personnes dégagent un véritable charisme quand d’autres se démarquent par leurs idées.

 

Si les femmes sont souvent sollicitées pour prendre des mandats, une autre question se pose sur la préparation du terrain qui les accueille : la prise de mandat par les femmes est-elle correctement préparée ?

 

Est-ce différent pour un homme que pour une femme ? Je ne l’ai pas constaté lors de mon mandat à la CCI. Le problème s’explique surtout par l’application systématique de stéréotypes de fonctionnement qui influencent la vision de l’organisation. Hommes et femmes ont des difficultés à surmonter pour parvenir à ces fonctions. Certes, elles seront différentes.

 

Justement, quels sont les obstacles que vous rencontrez sur le terrain ?

 

Tous les jours, j’affronte des difficultés. Pour autant, est-ce parce que j’évolue dans un milieu majoritairement masculin ? Selon moi, les difficultés ne sont pas liées au genre mais intrinsèquement à notre environnement économique, écologique et sociétal. Des enjeux qui tant du point du vue masculin que féminin nécessitent une prise de conscience.

 

 

Propos recueillis par Florence Falvy

 

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