[La Fameuse Académie] Sofradi, créer un réseau pour faire avancer les entreprises du bâtiment

11 mars 2022
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Publié le 11.03.22

 

Vous souhaitez monter un groupe en faveur de l’égalité Femmes Hommes ? Un réseau mixité au sein de votre entreprise ? Impulser une politique égalitaire dans votre structure ? Parce que ce chemin est parfois semé d’embuches, cette rubrique – La Fameuse académie – interroge des femmes et des hommes ayant vécu des expériences de montage de collectif/réseau/association et qui partagent leurs conseils. Sixième épisode avec l’entreprise Sofradi, selon qui le recrutement devient un enjeu pour plus de mixité dans le secteur du bâtiment, et qui est à l’initiative du réseau BATIMIX. 

 

1# Le contexte de Sofradi

 

Basé à Treillières (Loire-Atlantique), Sofradi intervient sur trois marchés : l’isolation industrielle et frigorifique, l’aménagement intérieur et l’isolation par l’extérieur (façade/fenêtre en aluminium). La PME compte environ 250 collaborateurs, dont 11,6% de femmes. « Un taux qui évolue légèrement et lentement. Sofradi est à l’image du secteur du BTP faiblement féminisé (la filière compte 12% de femmes) », constate Béatrice Duboys, Directrice Ressources Humaines et Communication. Dans le détail, les femmes représentent 2,1% des ouvriers (monteur, poseur), 10% des employés/techniciens/agents de maitrise et 3,44% des cadres.

 

« Les femmes occupent majoritairement des postes traditionnellement féminins (RH, comptabilité, administration…). C’est un secteur qui a des codes encore très masculins. Ce qui peut représenter un frein pour les femmes. Il faut donc leur donner envie d’y entrer. ». Pour Sofradi, le recrutement devient un réel enjeu car la filière connait de pénurie de main d’œuvre, relate Béatrice Duboys. « Le secteur attire peu de femmes alors qu’il offre de vraies opportunités, avec des métiers sans contraintes physiques (chef de projet, conduite de travaux…). »

 

2# Les étapes du projet

 

A chaque recrutement, la question se pose : comment aller chercher des femmes ? « A compétences égales, l’entreprise privilégie désormais une candidature féminine », prolonge la DRH qui agit aussi auprès de publics éloignés de l’emploi afin de « réaffirmer notre volonté d’intégrer les femmes ».

 

Prochaine étape : la signature d’un accord Égalité professionnelle avec les partenaires sociaux qui devrait intervenir d’ici à mai prochain. Béatrice Duboys a, quant à elle, choisi d’aborder ce problème plus largement, pas uniquement à l’échelle de Sofradi. Sa volonté ? « Faire avancer le secteur du bâtiment dans sa globalité. » Mais force est de constater que peu d’initiatives existent sur les territoires. D’où l’idée de créer le réseau BATIMIX.

 

3# Les moyens déployés

 

Béatrice Duboys

« Avec BATIMIX, nous souhaitons faire bouger les lignes », poursuit Béatrice Duboys. L’association a vu le jour en janvier dernier avant de lancer officiellement ce réseau le 8 mars à l’échelle de la Loire-Atlantique. « Il ne s’agit pas de faire du militantisme ni de faire de grandes leçons de morale mais d’accompagner la mixité dans les entreprises du bâtiment, quelle que soit leur taille, autour de 2 axes : recruter et fidéliser les femmes. » Et, par la même occasion, contribuer à redorer l’image du secteur.

 

Tout en étant indépendante, l’association s’est adossée à la Fédération Française du Bâtiment de Loire-Atlantique (545 d’adhérents) qui est membre fondateur. De quoi profiter de la puissance de son réseau. Le comité de pilotage se compose de 7 personnes qui se réunissent toutes les semaines : trois membres de la FFB 44, une personne en charge du développement, de l’emploi et des territoires, une facilitatrice de parcours d’insertion au département de Loire-Atlantique puis Magali Meyer (Meyer Maçonnerie) et Béatrice Duboys, respectivement secrétaire/trésorière et présidente de l’association qui consacre environ une demi-journée par semaine à sa nouvelle casquette.

 

Concernant le modèle économique, l’association est sponsorisée par la FFB. L’adhésion est, elle, gratuite mais les entreprises du bâtiment qui le souhaitent peuvent contribuer financièrement au fonctionnement du réseau. En contrepartie de leur soutien, elles pourront accéder à divers services.

 

Après avoir participé à un colloque sur la place des femmes dans l’entreprise organisé par l’Université de Nantes le 1er mars dernier et à la journée (le 8 mars) Les Elles de Michelet, dédiée à la découverte des métiers du BTP pour les jeunes collégiennes et lycéennes, la présidente du réseau envisage de lancer d’ici à avril/mai un programme de marrainage qui vise à faciliter l’intégration des femmes dans les entreprises du BTP. Une table-ronde sera également organisée le 19 mai à la FFB de Nantes sur le recrutement et les opportunités pour les femmes de répondre aux besoins de la filière. Béatrice Duboys prévoit aussi d’animer des sessions d’informations sur les métiers du bâtiment dans les collèges et lycées, de réaliser des portraits de femmes issues du monde du BTP ou encore de proposer des formations pour les entreprises sur la sensibilisation aux stéréotypes, la parentalité, l’accord sur l’égalité professionnelle… Un site internet doit également voir le jour, en sus d’une page LinkedIn.

 

#4 Les résultats obtenus

 

Le réseau BATIMIX n’en est qu’à ses débuts et doit encore se faire connaître. Mais, d’après Béatrice Duboys, il reçoit déjà un très bon accueil au sein de la filière. « Les entreprises ont montré de l’enthousiasme », se félicite-t-elle. Un premier impact de BATIMIX pourra être évalué dans les prochains mois.

 

#5 Les facteurs clés de succès

 

Béatrice Duboys reconnaît que des moyens seront nécessaires pour faire perdurer ce réseau. Une part importante de son travail va ainsi consister à aller chercher des financements. Outre l’aspect pécuniaire, elle est convaincue que la réussite de ce projet passera par la mixité et la nécessité d’embarquer les hommes. La pluralité des profils au sein du groupe de travail est aussi, pour elle, un atout. « Chacun arrive avec ses idées et son propre réseau. »

 

#6 Le point de vue personnel

 

Créer un réseau n’est pas toujours simple. Pour se faire aider, Béatrice Duboys a participé fin 2021 à La Fameuse Académie. « C’était très inspirant ! Mon projet a pris forme aussi grâce aux partages d’expériences. Par exemple, l’une des questions de départ a été de se demander si nous lancions un réseau mixte ou féminin. Nous avons opté pour la première option afin d’embarquer le plus grand nombre. Idem pour le nom de ce réseau : il ne fallait pas qu’il soit trop restrictif et féminisé sans quoi nous n’allions pas inciter les hommes, ni les femmes, à y entrer. »

 

Cette fidèle du Printemps des Fameuses sera d’ailleurs présente lors de l’édition du 18 mars. Cette année, elle sera accompagnée par deux collaboratrices. Objectif : « en ressortir avec l’envie de faire bouger les lignes ».

 

 

Rédaction Florence FALVY

 

 

Pour aller plus loin

 

[ La Fameuse Académie ]

épisode #1 : Accenture, 6 points clés pour le déploiement d’une politique égalitaire – lire l’article

épisode #2 : Covea, 3 facteurs clés pour mener à bien sa transformation – lire l’article 

épisode #3 : SNCF, des pistes concrètes pour impulser la mixité – lire l’article

épisode #4 : RTE et ses 5 grandes priorités pour l’égalité FH – lire l’article

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